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instruction alternative

Les politiques menées depuis près de quarante ans pour réformer l’éducation nationale n’ont pas empêché la France de plonger année après année dans les tréfonds des classements, internationaux comme européens. Article écrit par Assmaâ RAKHO MOM.

Article tiré du numéro 8 d’Ahly Mag

Car si l’Éducation nationale tente tant bien que mal de continuer à instruire les enfants qui lui sont confiés, elle tente également parfois de les éduquer à la place des parents. Il ne faut en effet pas confondre éducation et instruction. L’éducation s’appuie sur la socialisation pour transmettre des valeurs, alors que l’instruction est sensée apporter la culture, le savoir, un métier. Quand éducation et instruction sont réunis, l’école donne à tous les moyens de devenir, de s’épanouir, et d’exceller dans leurs domaines de prédilection.

Or, ce n’est plus ce qui advient. Inégalités, pédagogies inadaptées, pressions, classements, manque de motivation des enseignants, etc., les griefs sont nombreux à l’endroit de l’Éducation nationale et de l’école traditionnelle. Et depuis les années 60, les nombreuses réformes et aménagements n’y ont rien fait. Au contraire, elles n’ont fait que bloquer davantage le dynamisme et l’ardeur des enseignants comme des parents et des enfants.

De plus, loin de réduire les inégalités sociales, l’école les accentue et les amplifie, les reproduisant plus profondément, voire plus violemment encore. Ainsi, selon la dernière enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis de l’élève) publiée début décembre 2013, le système éducatif français laisse beaucoup trop d’élèves sur le bord de la route. Ainsi, 22% des jeunes les plus défavorisés « confinent à l’excellence », contre 26% dans l’OCDE, et 22,5% des résultats des jeunes français en mathématiques sont directement reliés à leur milieu social, contre 15% en moyenne dans l’OCDE. De plus, la ségrégation sociale, territoriale, et donc scolaire, est de plus en plus croissante, avec les « bonnes » écoles d’un côté, et les autres ayant mauvaise réputation. S’ajoute à cela un certain rejet des valeurs transmises par la famille, et surtout, l’application de plus en plus étendue d’une laïcité excluante, discriminatoire. C’est ainsi par exemple que des mères voilées se voient refuser le droit d’accompagner leurs enfants en sorties scolaires ou encore que des jeunes filles portant de longues jupes se voient refuser l’accès à l’éducation.

Face à cet état de crise latent, beaucoup de parents s’interrogent, cherchent des solutions, voire des alternatives. C’est également le cas de beaucoup de familles musulmanes, celles-ci se sentant de plus en plus rejetées, agressées par l’Éducation nationale. Or, même si des alternatives, il en existe, et nombreuses, peu d’écoles musulmanes ont jusqu’à présent réussi le pari d’offrir un enseignement de qualité, et les tarifs restent prohibitifs !

En attendant, s’engouffrant dans la brèche et dans les failles du système éducatif français, les adeptes des pédagogies alternatives, des pédagogies nouvelles, de l’instruction en famille ou encore de l’instruction libre ont le vent en poupe !

Développer l’autonomie des enfants, leur esprit critique, leur apprendre à apprendre, s’adapter au rythme de l’enfant, adopter un système de notation autre, enseignement centré en premier lieu sur l’épanouissement de l’enfant, valoriser la réussite quel que soit le domaine de prédilection, etc., telles sont, parmi bien d’autres, les promesses de ces écoles dites alternatives. En clair, elles promettent tout ce que l’école publique classique réalise de moins en moins. Et surtout, ces méthodes d’apprentissage ont su prouver leur efficacité depuis plus d’un siècle. En 2006, une étude publiée dans la revue Science a montré que des enfants venant de milieux défavorisés envoyés dans une école Montessori sont mieux préparés que leurs « semblables » s’agissant de la lecture et des mathématiques. Et à plus long terme, les élèves ayant fréquenté ces écoles dites « différentes » s’adaptent mieux à de nouveaux environnements. En France, ce sont plus de 20 000 élèves qui fréquentent des écoles à pédagogies alternatives, et on compte une centaine d’établissements sur tout le territoire, toutes pédagogies confondues. Or l’Éducation nationale peine à les intégrer, l’abandon de la notation-sanction ayant été maintes fois évoquée, mais jamais appliquée par exemple.

Nombres de familles gagneraient par ailleurs à ce que ces pédagogies alternatives ne le soient plus. Car si les écoles alternatives ont le vent en poupe, seule une minorité peut se permettre d’y placer ses enfants, les tarifs pratiqués restant en effet excessivement élevés. L’enjeu ? Ré-égayer enseignants et enfants.

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