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Sais-tu te taire quand il le faut ? L’imam Abdullah Jalil te donne des pistes

Sais-tu te taire quand il le faut ? L’imam Abdullah Jalil te donne des pistes

Par l’imam Abdullah Jalil

« Tu ne connais pas la dernière ?
– Non, raconte.
– Tu ne me croiras jamais.
– Bah, vas-y raconte.
– Zayd a trompé sa femme avec son ex et il s’est fait griller…
– Sérieux ? »

On dirait un dialogue de série télévisé, d’ailleurs, on vous aurait volontiers épargné ce genre de conversations futiles et pernicieuses, s’il ne faisait pas parti du quotidien de « multazimîn » (pratiquants) de notre époque, surtout lorsque l’on écrit pour un magazine qui s’adresse à la famille en général et donc à ce très respectable lectorat que nous nous honorons de compter parmi nos fidèles. Seulement voilà, la triste réalité c’est que nous entendons tous ce genre de potins aussi impudiques qu’indiscrets jusque dans les recoins de nos paisibles mosquées.
D’aucuns diront que c’est un problème de femmes, et ils ont tout à fait tort. Même les hommes se laissent aller à ces anecdotes sulfureuses, en particulier à l’heure d’Internet, des réseaux sociaux et de l’hyper connectivité, où il est devenu plus facile de faire une rencontre indécente que de croiser son voisin de palier. Dès lors, les couples musulmans ne sont pas à l’abri de la promiscuité galopante qui ronge la société toute entière. Combien de femmes ne se sont-elles pas plaintes d’avoir retrouvé des conversations compromettantes sur le téléphone, la tablette ou l’ordinateur de leur mari et vice-versa ?

Pourquoi s’étonner me direz-vous ?

Regardez le nombre d’applications de chat sur nos appareils mobiles, toutes servent pourtant à la même chose : communiquer à l’oral ou l’écrit, ce qu’un simple GSM est amplement capable de faire. Évidemment, entre temps, les marchands de rêve californiens, coréens et maintenant chinois sont passés par là, nous ont promis monts et merveilles, pour le résultat que l’on connaît. S’il est indéniable qu’il est aujourd’hui plus pratique de contacter sa tante d’Agadir, son cousin de Cotonou ou sa grande sœur de Tunis, la facture est parfois assez salée.

« N’approchez pas la fornication ! Cela est en vérité une turpitude et une voie néfaste », dit le verset (Coran : 17/32). Reconnaissez qu’il est tentant, lorsque l’on se connecte sur les réseaux sociaux, de retrouver des vieilles connaissances, et jusqu’ici tout va bien. Les ennuis commencent quand ces connaissances s’avèrent être des personnes qui avaient des sentiments pour nous et que c’était réciproque.
Bref, on l’aura compris les réseaux sociaux sont des pièges pour les couples, mais ce n’est pas là le véritable sujet de cet article. Nous savons que l’époque à laquelle nous vivons est très propice à ce genre de mésaventures – qu’Allah nous en préserve. Il est même profondément naïf et illusoire de concevoir une époque et une société, aussi conservatrice soit-elle, qui ne connaîtrait aucun écart de ce genre.

Là où l’islam se distingue, c’est qu’il ne prétend pas pouvoir l’éradiquer, mais cherche plutôt à circonscrire, autant que faire se peut, ce genre de phénomène. La discrétion (sitr) est une de ses armes pour lutter contre ce fléau, c’est même l’une des valeurs morales les plus bénéfiques mais des plus méconnues de nos contemporains musulmans et musulmanes.

Pour remettre de l’ordre dans tout ça, il faut donc apprendre à se taire. Tout ce qui se sait n’est pas forcément bon à dire, surtout quand la parole ne peut rien y changer, elle n’en garde pas moins le pouvoir d’inciter les autres à imiter les mauvaises conduites. C’est avec cet œil-là qu’il faut lire les textes coraniques qui traitent de la fornication, plutôt que de considérer que Législateur veuille châtier à tout prix les contrevenants. Bien au contraire, ce n’est pas un hasard s’il faut quatre témoins pour accuser publiquement une personne d’adultère alors que pour tout autre délit deux suffisent largement. La finalité est d’éviter de discréditer les fidèles, de faire des émules, de briser les couples, de disperser les enfants, de déshonorer les proches et j’en passe.
La discrétion doit donc être la règle. Il faut aussi dire que lorsque l’on entend ici où là les rumeurs au sujet des époux et des épouses infidèles – qu’Allah accorde son pardon à tous les repentants – on dénote parfois une pointe de réjouissance malsaine du malheur d’autrui (chamâtah), surtout quand la personne qui s’est fait attraper est un barbu ou une sœur voilée. Certains aiguisent aussitôt leurs langues et se font un plaisir de tailler en pièces ceux qui se prennent pour des Compagnons du Prophète et ainsi de suite.

Le problème c’est que : « Ceux qui se plaisent à discréditer les croyants subiront des tourments douloureux dans ce monde et dans l’autre, car Allah sait et vous, vous ne savez pas. » (Coran : 24/19) L’empathie est donc le réflexe naturel du croyant, à défaut, celui-ci devrait considérer qu’il a un réel problème au niveau de la foi. D’ailleurs, le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) va dans ce sens en disant : « Ô vous qui avez adhéré à l’islam par la parole mais dont les cœurs n’ont pas encore été pénétrés par la foi, ne médisez pas des musulmans et n’épiez pas leur intimité. Celui qui épie leur intimité verra Allah épier la sienne et si Allah épie l’intimité de quelqu’un, Il met à nu ses défauts, même s’il est tapi dans sa propre demeure. » (Ahmad et Abou Dâoud)

D’autre part, la pudeur est intrinsèque à la piété et « si tu n’as pas de pudeur, fais donc comme bon te semble », enjoint le hadith (Boukhari). On ne peut que s’en réjouir, les convertis et les récents repentis accordent beaucoup d’importance à la pudeur, notamment sur le plan vestimentaire, en particulier chez les sœurs – qu’Allah raffermisse leurs pas. Or, la pudeur est la meilleure compagne de la discrétion et sur cette qualité, force est de constater qu’il y a encore beaucoup de travail à mener. Pourtant : « Allah est pudique et très discret (Sittîr), Il aime la pudeur et la discrétion ; » (Ahmad, Abou Daoud et Nassâ’i)

En islam, on récolte toujours les fruits qu’on a semé, la discrétion est donc un cercle vertueux qui nous permettra non seulement d’assainir nos relations sociales, mais également d’obtenir une énorme récompense dans l’au-delà, en vertu du hadith : « Celui qui se montre discret vis-à-vis des péchés d’un musulman, verra Allah se montrer discret vis-à-vis des siens ici-bas et dans l’au-delà. » (Mousilm)

Alors, dans les faits, comment faire lorsque l’on entend une personne se livrer à ce genre de discours ? Faut-il couper la parole aux colporteurs de ragots ? Exactement. Cela ne diffère pas vraiment de la médisance : « vous considérez la chose comme ayant peu d’importance, alors qu’elle revêt auprès d’Allah une gravité exceptionnelle » (Coran : 24/15). Coupez-leur donc la parole et rappelez-les à leurs obligations morales et religieuses : « car les rappels sont utiles aux croyants ! » (Coran : 51/52) Il en va de la qualité de votre adhésion à l’islam, car comme le dit le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) : « Une des valeurs du bon musulman est de ne pas s’occuper de ce qui ne le regarde pas. » (Malik et Ahmad)

La seule exception à cette règle – qu’Allah nous en préserve – concerne ceux qui se vantent de leurs péchés ou qui en parlent sans aucune pudeur, ce qui vaut pour les actes commis avant la conversion ou le repentir. Il faut savoir que la discrétion est une grâce et que refuser cette grâce est une forme d’ingratitude sévèrement dénoncée par le hadith prophétique suivant : « Toute ma communauté obtiendra le salut, sauf les dévergondés. Il relève certes de la débauche de commettre un péché la nuit, de se réveiller en ayant pu profiter de la discrétion d’Allah et de dire le lendemain : “Écoute untel, hier j’ai commis ceci et cela.” Il profite de la discrétion de son Seigneur la nuit et la viole le jour. » (Boukhari et Mouslim)

Il n’y donc pas de médisance dans la dénonciation d’un pervers qui est dénué de pudeur afin préserver la communauté des dégâts potentiels d’un tel énergumène. En revanche le croyant qui commet un péché qui ne concerne que lui, tant qu’il n’y a pas de besoin impérieux à en parler, que l’enjeu ne consiste pas à sauver des vies ou réparer une injustice (vol, arnaque, trafic de drogue ou autre), au mieux il faut lui en parler en tête-à-tête, au pire, se contenter de tenir sa langue, rester discret et prier pour lui, souvenez-vous : « Celui qui a foi en Allah et en la Résurrection qu’il dise du bien ou se taise. » (Boukhari et Mouslim)

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