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Choix du conjoint : respectes-tu le principe de kafâ’a ?

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Éloge de la douceur

Depuis janvier 2014, j’officie en tant qu’imam à la mosquée Nour d’Évreux, dans le quartier populaire de Nétreville. À l’instar de la plupart des petites villes de province, Évreux est une ville relativement paisible, mais au même titre que la plupart des villes de France, elle est cernée de zones suburbaines en proie aux phénomènes sociaux criminogènes que sont la violence, la pauvreté, l’échec scolaire et ainsi de suite, là où vit la majorité de la communauté musulmane et où sont implantées les mosquées de la ville, dont celle où j’officie.

Le cas le plus classique auquel je suis confronté est celui de la sœur, convertie ou non, bien éduquée, issue généralement des zones rurales, qui se marie avec un récent converti ou repenti, à l’apparence très religieuse puis se retrouve rapidement confrontée aux relents de l’ignorance spirituelle (jâhiliya), car on est tous, tôt au tard, rattrapé par son passé, pour le meilleur pour le pire. « Les meilleurs d’entre vous avant l’islam, sont les meilleurs d’entre vous dans l’islam, s’ils sont éduqués », dit si justement le hadith (Boukharî et Mouslim)1.

Le but, n’est pas de faire une énième exhortation aux jeunes et moins jeunes mariés (souvent relativement peu efficace d’ailleurs) étant donné qu’il est extrêmement difficile – mais pas impossible – de changer profondément ses habitudes comportementales sur le long terme, mais de m’adresser aux futures mariées et aux mères de familles. Ainsi, beaucoup de divorces auraient pu être évités si la question de la compatibilité (la fameuse kafâ’a chère à de nombreux oulémas) avait été considérée dans des mariages que je qualifie d’hétérogènes.

Ceci ne veut surtout pas dire que les mariages hétérogènes sont forcément voués à l’échec, la base de mon argumentation est qu’avant de s’unir il faut être sûr de bien comprendre la psychologie et le milieu social de son partenaire, car une fois que le mariage est consommé, il est très difficile de revenir en arrière, c’est d’ailleurs pourquoi je ne m’attarderai pas plus sur la question pour le moment.

L’un des éminents conseils que mon clairvoyant mentor, cheikh Mohammed Radjab, m’avait prodigué avant de rentrer en France, était de concentrer mes efforts sur la nouvelle génération, autrement dit : les jeunes, voire très jeunes enfants. Je découvre chaque jour un peu plus la pertinence de cette directive, à mesure que je suis confronté aux problèmes de ma communauté. Le conseil que je veux donner aux sœurs pas encore mariées ou aux mères de familles qui éduquent de jeunes garçons est le suivant : au-delà de la question de la religiosité qui est – soit dit en passant – très facilement camouflable, concentrez-vous sur les valeurs morales.

À côté de la piété, c’est effectivement ce qui pèse le plus lourd auprès d’Allah. « Ma mission est de parfaire les hautes valeurs morales », a dit le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) dans un très célèbre hadith (Ahmad et Malik). « Ce qui pèsera le plus lourd dans la balance, le Jour de la Résurrection seront la crainte d’Allah et la bonne moralité », affirme-t-il dans un autre hadith (Al-Tirmidhi et Abou Daoud). Pourtant il faut accorder la plus haute importance à ces deux qualités lorsque l’on jauge la personnalité d’une personne, elles doivent aller de pair, l’une ne devrait jamais aller sans l’autre ; une personne de bonne moralité sans piété, ou une personne soi-disant pieuse avec un comportement déplorable ne pèsent pas bien lourd aux Yeux d’Allah.

L’une des valeurs morales les plus importantes et pourtant les moins valorisées à mi-chemin entre les mosquées et les cages d’escaliers de nos quartiers périurbains est la douceur. Oui, j’ai bien dit la douceur. Les nouveaux convertis ou les récents repentis, sont souvent – à raison – fascinés par une partie de la personnalité de Omar : sa fermeté, mais c’est oublier que celle-ci se faisait toujours dans la justice, c’est également faire abstraction de la perfection spirituelle personnifiée par Abou Bakr. Quand le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam), alors moribond, le nomma imam suppléant, Aïcha, sa fille le qualifia d’homme très sensible (asîf).

Oui, très sensible. À tel point qu’on entendait à peine sa voix lorsqu’il récitait le Coran tellement il pleurait. C’est probablement la sensibilité d’Abou Bakr qui faisait de lui quelqu’un de réceptif à la bonne moralité de Mohammed avant qu’il ne fût prophète, au point de devenir son meilleur ami. C’est aussi peut-être cette sensibilité qui l’avait poussé à accepter immédiatement l’islam.

L’article n’a pas pour objectif de mettre davantage en valeur Abou Bakr rapport à Omar – qu’Allah m’en préserve – mais plutôt de rétablir une vision incomplète et donc biaisée perçue par les maris qui se cachent derrière la dureté d’Omar (en oubliant sa piété bien sûr) pour ne pas s’inspirer également de la sensibilité d’Abou Bakr. Le but est également d’éveiller les consciences des jeunes filles qui estiment parfois rassurant le profile ex-caïd reconverti alors que cela peut très rapidement se retourner contre elles, si les cicatrices de l’ignorance spirituelle ne sont pas totalement guéries, comme je le constate malheureusement trop souvent sur le terrain.

Chère sœur, si un prétendant se présente à toi, mène une méticuleuse enquête de personnalité et cherches la part d’Abou Bakr en lui, ne te laisse pas impressionner par le prétendu Omar à qui certains feignent habilement de ressembler tout en étant loin de ce qu’il était. Dans tes critères, préfère le sensible au redoutable. Pour preuve, lorsque Fatima bint Qays vint demander conseil auprès du Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) au sujet des prétendants : Abou-l-Djahm et Mouawiya, il les désapprouva en disant : « Mouawiya est un va-nu-pieds désargenté et Abou-l-Djahm est d’une violence chronique [avec les femmes]. » (Boukhari et Mouslim). Faut-il rappeler qu’Allah nous a enjoint : « Entretenez de bons rapports avec vos femmes » (Coran : 4/19) ? Que le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) nous a appris que : « Les meilleurs d’entre [nous] sont ceux qui se comportent le mieux avec leurs épouses » (Al-Tirmidhi et Ibn Madja) et que ceux qui battent leurs épouses « ne sont pas les meilleurs d’entre [nous] » (Abou Daoud) ?

Quant à toi, mère de famille, éduque ton fils en tâchant de cultiver la part de sensibilité en lui. En pratique cela pourrait se manifester par des activités pédagogiques et ludiques consistant à l’habituer à prendre soin des plus faibles, son petit frère ou sa petite sœur, son cousin ou sa cousine, pour ce qui des humains, un animal de compagnie, une plante verte ou d’insectes rencontrés au détour d’une promenade en forêt, en ce qui concerne la faune et la flore. Ainsi, si tu l’habitues à prendre soins de toutes ces jolies créatures, il prendra à fortiori soin de la plus belle et la plus délicate des toutes, à savoir : sa future femme.

Ceci est un cercle vertueux, car cette dernière, lorsqu’elle est traitée avec douceur et délicatesse, ne fait qu’augmenter sa beauté interne et externe et ainsi rayonner dans son foyer et par ricochet dans la société, car comme l’a dit le Prophète (salla Allah alayhi wa sallam) : « La douceur embellit toute chose avec laquelle elle est associée. » (Mouslim) Pour finir : « Si Allah veut du bien à un foyer, il y introduit la douceur » (Ahmad), comme la parfaitement souligné le Prophète de l’islam (salla Allah alayhi wa sallam). Inversement : « Toute chose dépourvue de douceur est avilie » (Mouslim) ; et « Celui qui est privé de douceur et privé de toute vertu » (Mouslim).

Ecrit par l’imam Abdullah Jalil

1 Tous les hadiths mentionnés dans l’article sont authentiques

4 Commentaires

  1. As salam aleikoum, je remercie l’imam Abdallah pour son article et sa clairvoyance. De ce que j’ai pu observer à Evreux, pour quelques cas seulement mais pas des moindre, certaines convertis se sont précipités dans le mariage en ayant écarté leur entourage familiale, ce qui est une grave erreur. La famille musulmane ou non musulmane doit absolument participer au processus du mariage. De la rencontre du prétendant au jour du j du mariage…Car il y a pas mal d’abus. Des sœurs se sont vu attribuer des tuteurs qu’elles connaissaient à peine, pareil pour des témoins. Et le jour ou l’union tourne mal, il n’y a plus personne. Pareil pour les imams qui officient le mariage religieux alors qu’ils savent que aucune date de mairie n’aura lieu. Voir des sœurs non reconnu maritalement avec des enfants sur les bras les élevant seules, c’est vraiment terrible pour notre communauté. Il y a beaucoup à dire, mais al hamdoulillah les choses commencent à bouger.

  2. Salam alaykoum,

    Barakallahoufikoum pour cet article, vous mettez la lumière sur un point que je considère très important, car la douceur est vu comme une marque de faiblesse. Alors qu’elle est une très grande qualité bien au contraire,

    Qu’Allah vous récompense

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