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Il est 7h00 du matin, je termine ma tasse de café, je me prépare pour aller travailler, et ainsi retrouver mon train de vie quotidien. Avant de sortir, je vérifie que tout soit éteint, et je lance un dernier regard en direction de mon appartement ; je soupire. Il n’y a personne qui puisse me dire « à ce soir chéri » car je suis célibataire.

Aujourd’hui, je préfère marcher plutôt que d’y aller en voiture au boulot. C’est plus écologique, et puis ça me permet de faire un bilan de ma vie, de divaguer, de me projeter dans l’avenir : marié à une merveilleuse femme, et des enfants qui me retournent la tête. Mon regard se projette au loin, tout en étant heureux, avec un sourire béat… mince, je n’ai pas vu l’heure, j’arriverai en retard ; retour à la réalité.

Fin de journée, je vais pouvoir rentrer chez moi, enfin libre, coûte que… à quoi bon ? A profiter d’un plat surgelé seul le soir, sans même la compagnie d’un animal domestique. Heureusement que les écrans allumés font du boucan pour combler l’espace vide de mon taudis. J’aimerais tant dîner avec ma moitié dans un restaurant chic, ou au bord de la plage, sous une nuit étoilée, ne serait-ce qu’une seule fois, histoire de… cristalliser ce bel instant. Selon vous, la conception de la liberté, c’est celle-ci ? Sachez alors qu’elle a bon goût ; un goût surtout amère.

Pour passer le temps, je consulte mes mails, surf sur facebook, ce monde virtuel où l’on s’ajoute tous en ami, même si aucun d’entre nous ne se connaît, pour ne jamais se parler au final ; entre nous, mes seuls potes, je les compte sur les doigts de ma main. Je vérifie aussi mon smartphone, au cas où je recevrais un message ou une invitation pour une soirée ; faux espoirs, il n’y a rien de tout cela. Je me dirige vers la TV pour voir s’il y a un bon film, même si en réalité je ne le regarde pas vraiment parce que je connais déjà la fin de l’histoire. Je m’endors, les écrans restant allumés, demain rebelote : métro, boulot, dodo, le tout en les faisant en étant solo ; telle est ma vie de célibataire.

Par moment, je mouvemente un peu ma vie en allant aux soirées organisées par ma famille, ce qui me permet de voir du monde, d’échanger une conversation. On peut même y rencontrer son futur conjoint ; et puis entre nous, ça m’évite de fréquenter les boites de nuit, ces lieux qui n’apportent que nuisance, tant au niveau intellectuel que spirituel. Mais demain soir, je prends un verre avec mes amis ; que dis-je, nous sommes déjà demain soir. Nous prenons chacun une boisson sans alcool, et nous nous mettons à discuter de tout et de rien ; certains nous racontent leurs émois sentimentaux, tandis que d’autres expriment leur enthousiasme d’être célibataire. Or en réalité, ils ne cherchent qu’à dissimuler un manque qui ne savent comment le combler. Je me sens mal alaise ; je décide donc de les quitter.

Je longe la rue Montmartre, et j’aperçois au loin un couple qui se chamaille ; je ricane d’eux en me disant « amour, amour, amour, quand tu nous tiens ». Cependant, ils ne leurs a fallu que d’un échange de regard pour que la dispute cesse ; ils souriaient. Je pouvais lire dans leurs yeux la complicité qu’ils partageaient. Pauvre célibataire que je suis. De peur qu’ils me remarquent, je fais mine de rire suite à une plaisanterie que l’on m’a faite au téléphone, sauf qu’en réalité, je me moquais de moi-même.

Je n’en peux plus, j’ai besoin de faire une virée en voiture. Je pense à ceux qui me disent de profiter de ma liberté. Comment pourrais-je en profiter lorsque je souffre d’un manque d’amour ? Comment pourrais-je apprécier cette solitude quand personne ne me soutient face aux épreuves de la vie ? Comment pourrais-je être heureux quand je ne trouve personne vers qui exalter ma joie, ou encore lui faire part de ma tristesse ? A vrai dire, j’étouffe de cette liberté ; je ressens de l’amertume. Pour la dissiper, je me mets à chanter, à composer des vers dans lesquels j’exprime mon désir ardent de ne former qu’un avec mon âme-sœur. Je me dis que je l’épouserai, et nous voyagerons aux quatre coins du monde. Si vous saviez, j’aimerais tant rencontrer ma princesse pour que nous soyons chacun des couvertures pour l’autre. Toutefois, la réalité resurgit. Je rentre chez moi puisque demain, rebelote : métro boulot, dodo, solo.
Malgré mon sentiment d’être incompris, je vais l’attendre impatiemment. Mais pour le moment, je me contenterai du jeûne.

     Bram’s

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12 Commentaires

  1. Salam aleiykoum

    SoubhannaAllah le célibat est un vrai problème dans la société de nos jours, je suis une femme mais je me suis bcp reconnu dans ce témoignages qui ma énormément toucher …
    Qu’Allah nous facilite de trouver nos moitié. Amin

  2. Je voulais vous dire que votre témoignage m’a beaucoup touché , je vis et je ressens exactement la même chose. Même s’il prête parfois à sourire, il décrit une réalité qui peut être douloureuse. J’essaie de garder espoir et je nous souhaite de trouver très rapidement celui ou celle qui nous comblera!

    • Salamoualeikoum, pardonnez-moi de répondre aussi tardivement, mais je voulais vous dire (et je l’ai indiqué dans mon précédent commentaire) qu’il ne s’agit pas d’un témoignage. C’est une expression libre. Cependant, cet écrit reflète plus ou moins la vie d’un célibataire, c-a-d son quotidien. L’idée était de mettre en avant sa vie (son présent) et ses souhaits. Je ne cherchais pas à raconter ma vie privée dans cette chronique. Mon objectif (et inshAllah qu’il ait été atteint) était que toutes celles et ceux qui le lisent, qu’ils soient mariés ou non, puissent s’y retrouver, ne serait-ce que dans un seul passage.
      En tout cas, qu’Allah vous aide et vous mette un homme qui saura vous combler.

      BarakAllahu fik

      Wa salamoualeikoum

  3. J’ai lu ce témoignage avec beaucoup d’attention, au delà de l’émotion que ce texte nous fait vivre, j’aimerai attiré l’attention de l’auteur de ce témoignage sur le fait qu’il doit être acteur de sa vie et non la subir. J’ai l’impression qu’il se laisse traîner par les aléas du quotidien. Mr Bram’s le mariage n’est pas difficile nous l’avons rendu compliqué. Il n’y a pas plus facile pour un homme que de se marier. Rend toi à la mosquée la plus proche de chez toi avec ta maman le jour du vendredi dés que tu vois une fille qui te plait envoie ta maman. Si tu es timide pour en parler avec ta maman va voir un imam pour lui demander s’il conné des jeunes filles. Pour conclure cette princesse que tu attends avec impatience ne viendra pas frapper à ta porte. C’est à toi de partir la chercher. Je comprends pas les hommes ils voient passer devant eux tant de belles filles sérieuses de bonne famille personne ne bourge pour aller les demander en mariage. C’est pas les filles qui manquent c’est surtout des hommes courageux qui foncent qui manquent.

    • Salam alaykoum,

      ce texte n’est pas un témoignage mais une expression libre sur une thématique… en extrapolant ou revisitant le statut du célibataire.

      • @Zert, les hommes SÉRIEUX disent la même chose…
        La vraie réponse c’est que les filles SÉRIEUSES et les hommes SÉRIEUX ont rarement l’occasion de se rencontrer…
        La vraie question : comment faire en sorte qu’ils puissent se rencontrer tout en respectant les principes religieux ?!

        Beaucoup d’entre nous ne pouvant se tourner vers les parents car parents non musulmans, parents peu religieux (“t’aider à trouver un(e) femme / mari ?! tu peux pas te débrouiller seul(e) comme les jeunes de ton age ?!”) ou parents en décalage culturel avec leur enfant (“non maman, le / la cousin(e) du bled ne m’intéresse pas…”)… Je pense que les mosquée ont ici un rôle à jouer ! mais rare sont celles qui prennent la responsabilité de la jeunesse (offrir un espaces de rencontre entre jeunes, aborder les thématiques qui les touches du point de vu de l’islam…) ou des jeunes adultes (notamment en facilitant les rencontres de mariage dans un cadre licite). Je ne connais que la mosquée de Toulouse qui s’en occupait et a du fermer les inscription car ils croulaient sous les demandes et ne pouvaient tout gérer….

        Cet article m’a touché car c’est exactement ce que je ressens ! On se sent seul, incompris (“pourquoi tu ne prends pas une copine ?! vous pouvez sortir ensemble sans vous sauter dessus !”) et on ne voit pas de solution !

        HELP

  4. Salamoualeikoum. Alors comme l’a si bien dit Amel, ce n’est pas un témoignage, mais une expression libre. J’ai du me baser sur des faits qui peuvent être réels, de telle sorte que tout le monde puisse s’y retrouver (y compris moi-même).
    L’idée pour moi, en écrivant cette chronique, était de me dire « qu’est-ce qui rend heureux, et malheureux un célibataire ? comment vit-il ? comment passe t-il ses journées ? etc. » Sans pour autant que ce ne soit un article personnel. Pour certains, ils se retrouveront dans tel fait, tandis que d’autres dans un autre fait. Moi-même célibataire, j’ai dû me retirer de mon train de vie quotidien pour analyser le quotidien des autres.
    Puis, comme l’a bien soulignée Safia, je la cite » Même s’il prête parfois à sourire, il décrit une réalité qui peut être douloureuse « . Et en lisant son commentaire, je me dis « al hamdoulilah, l’objectif a été atteint ».
    Enfin, barakAllahu fik à Z.M de vos conseils. Cela m’a fait plaisir de voir des personnes comme vous qui essaient d’aider celles et ceux qui sont dans ce genre de cas.

    Je tenais tous à vous remercier d’avoir lu cet article. Cela m’a beaucoup touché d’avoir lu vos commentaires, car ils expriment de l’affection, du soutien, et juste le fait de les lire me fait chaud au coeur. BarakAllahu fikum.

    Pour conclure, n’oubliez pas une chose : bien que cet article soit une expression libre (mais je n’irai pas à dire que c’est une fiction), il faut savoir que bon nombre de célibataires souffrent énormément d’un manque émotionnel, et attendent impatiemment de se marier. Qu’Allah les aide et les assiste.

    BarakAllahu fikum

    Wa salamoualeikoum

  5. Merci pour cet article, pari gagner moi je me suis retrouvé dans certains passages, et cela m’a fait pensé à la parole d’un sociologue qui dit : “le couple c’est partager son récit de vie”.

    • Salam,
      C’est moi qui vous remercie. BarakAllahu fik de m’avoir fait partager vos appréciations. Cela me permet de savoir si l’objectif a été atteint ou non.
      Puis, ce sociologue a parfaitement raison. Et comme je dis souvent, il y a des choses qu’on n’apprend sur le tas et non dans des livres 🙂

      Salamoualeikoum

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