Accueil Psycho Vous vous croyez généreux ? Et si vous étiez juste égoïste…

Vous vous croyez généreux ? Et si vous étiez juste égoïste…

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Article écrit par Géraldine ALANA, Thérapeute et formatrice.

Aide-toi, le Ciel t’aidera

« Aide-toi, le Ciel t’aidera ». Contrairement à ce que certains pensent, cette phrase n’est pas tirée de la Bible. C’est une expression célèbre, que l’on retrouve au XVème siècle et qui bien qu’au départ soit en lien avec Dieu, peut finalement convenir à tout à chacun, quelle que soit la représentation que l’on mette dans le mot « Ciel » (Dieu, l’Univers, la Destinée, la Nature…).

Cette expression signifie que la Providence (quel que soit le nom qu’on lui donne) n’accorde son appui qu’à ceux qui mettent en place les actions, qui font l’effort, autrement dit, qui font les causes. Une même expression existait déjà chez les Athéniens « Dieu aime seconder ceux qui travaillent », et les Grecs mettaient en avant la valeur de l’effort dans leur prière à leurs Dieux en les implorant les bras étendus, en posture de travail, et non les bras croisés, représentant une posture de repos. Donc de tout temps, il était considéré comme essentiel de jouer un rôle actif dans sa demande. Dit en d’autres termes : 

Et c’est là que je veux en venir : à cette posture active. Posture fondamentale en thérapie brève, où la personne n’est pas considérée comme un patient avec des problèmes, mais plutôt comme un client avec des objectifs. Il « achète » en quelque sorte sa thérapie et prend une part active. A la fois dans la définition de l’objectif de travail, mais aussi dans tout ce qu’il met en place pour changer, accompagné par le thérapeute qui lui apportera des moyens et non des solutions. C’est ce qu’on appelle la posture basse. J’ai un savoir-faire, des outils que je mets à la disposition du client pour l’accompagner dans SON changement. Voilà mon job ! Je ne sais pas, c’est l’autre qui sait, il est bien plus expert de sa vie que moi, toutefois j’ai une façon de le questionner, de le recadrer, d’investiguer, d’explorer qui vont l’amener à trouver ses blocages, et surtout à comment les faire sauter. Je ne suis qu’un moyen, qu’une cause parmi les causes et je ne suis pas LA source de son changement. Parce que si j’en suis entièrement responsable alors cela signifie qu’il a besoin de moi, que sans moi il ne peut rien : je deviens son sauveur et il est dépendant de moi pour aller bien.

Sommes-nous généreux ou égoïste ?

Le contrat de base en thérapie brève, c’est que je mettrai tout mon savoir-faire, mes outils, mon expérience, mon énergie au service la personne, à condition qu’elle se passe de moi le plus rapidement possible… C’est beau, hein ?! Certainement oui ! Mais ça demande d’être très au clair avec soi car finalement, la personne devient responsable de son changement, et le thérapeute n’étant qu’un moyen, on a rarement vu quelqu’un remercier son GPS de lui avoir indiqué la bonne route à prendre ! Alors ce n’est pas dans cette posture que l’on va nourrir son égo et son besoin de reconnaissance. Thérapeute-sauveurs en mal de reconnaissance et d’amour passez votre chemin, vous n’êtes pas dans le bon rôle… Next ! comme diraient certains.

Et voilà donc, nous y sommes. Je vous la pose cette question à vous tous, car même si vous n’êtes pas thérapeutes, coachs, accompagnants ou soignants, vous êtes tous amenés à un moment ou un autre à aider. Et justement, qu’est-ce qui fait que vous aimez aider ? Regardez-vous quelques minutes droit dans les yeux et demandez-vous : qu’est-ce que ça nourrit en moi quand j’aide l’autre ? Car la démarche d’aider, bien au-delà d’être altruiste est également une démarche très égoïste : on aide parce que ça nous apporte quelque chose à NOUS. Alors oui, j’entends déjà les « moi je n’attends rien en retour… » Ah bon ? Mais pour quoi ou qui le fais-tu ? Le sourire de l’autre ? Il te nourrit : tu aimes l’idée que l’autre va bien grâce à ton action, donc ça te fait du bien, tu vois que tu as quelque chose en retour. « Non vraiment je le fais gratuitement… » ça nourrit ta conscience ? ça t’ouvre le paradis ? Tu vois, tu en retires quelque chose. Sans compter l’amour que l’on reçoit, le sentiment d’être utile, le sens que ça donne à la vie, la reconnaissance… Bref, on aide parce que l’on se nourrit en même temps de cela.

Et tant mieux, après tout c’est mieux d’envisager cela sous la forme d’un partage, d’un échange, d’un gagnant-gagnant. Cela nous met dans une posture équilibrée et non dans la posture dominatrice de celui qui donne et la posture soumise de celui qui reçoit.

Savoir pourquoi j’aide l’autre permet de me mettre au clair avec mes propres failles. Ai-je un besoin de reconnaissance, d’amour, de rédemption, d’utilité… ? Peut-être serait-il alors intéressant que je travaille sur ce besoin, que je trouve d’autres façons de le nourrir pour que l’autre ne devienne pas un objet d’assouvissement pour moi et que je n’entretienne pas du coup une relation sauveur-victime qui nous maintiendrait dans une forme de dépendance malsaine.

Aider l’autre peut aussi être une façon de s’aider soi-même. Est-ce que je me répare à travers l’autre ? Quelle projection fais-je sur lui ? Et dans ce cas-là, je le fais pour lui alors ou pour moi ? Autant de questions utiles à se poser pour pouvoir accompagner l’autre de la manière la plus saine possible. Il ne s’agit aucunement de remettre en question les intentions car elles sont souvent très bonnes. Il s’agit juste de questionner sur le besoin derrière les intentions, sur la raison profonde pour laquelle nous voulons aider. La générosité n’est finalement jamais dénuée d’intérêt : donner à l’autre c’est d’une certaine manière se donner à soi-même. On pourrait finalement conclure tout cela par : Donne-toi et le Ciel te donnera.

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