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Comment s’éduquer spirituellement ?

Comment s’éduquer spirituellement ?

Je ne connais de métier plus difficile que celui de prédicateur. En effet les sermons et les prêches, sont comme autant de coups de semonce qui résonnent dans les oreilles des fidèles, mais dont l’écho finit inexorablement par s’estomper à mesure que l’on s’éloigne des cercles d’exhortation et que l’on est rattrapé par l’emprise du monde.

C’est une condition que tout le monde connaît, à tel point que beaucoup se posent la même question : mais quelles sont les solutions pour rester le plus longtemps possible dans cet état d’éveil religieux que savent susciter les prédicateurs les plus éloquents ? Voilà une vaste question et voici une ébauche de réponse… Article écrit par Abdullah Jalil, Imam.

Comment s’éduquer à la spiritualité ?

Quête spirituelle

Je n’oublierai jamais le jour où j’ai embrassé l’islam. Peu de gens peuvent comprendre cet état de régénération spirituelle s’ils ne l’ont pas eux-même vécu. Pendant un temps, j’étais littéralement envahi par l’euphorie, plongé dans un sentiment de bien-être, d’épanouissement physique et spirituel et porté par un état de confiance tellement excessif que si les campagnes anti-radicalisation existaient à cet époque, mon entourage aurait surement songé à composer le numéro vert. Pour la première fois, j’avais le sentiment d’avoir goûté, à l’issue d’une laborieuse quête qui avait commencé dès mon initiation religieuse, à ce que le Prophète (aleyhi salat wa salam) appelle la douceur de la foi.

Le problème c’est que cette ferveur finit forcément par s’amenuiser un jour où l’autre, ainsi va le cheminement spirituel et il est très difficile, voire impossible de s’accommoder à un retour à l’indifférence et à l’insouciance d’antan. Or, c’est précisément ce que j’ai fait, j’ai refusé de m’en accommoder et j’ai décidé de m’engager dans une seconde quête dont l’objectif était de déceler la formule qui me permettrait non seulement de retrouver cette sérénité de l’âme mais également de la pérenniser par le biais de l’étude minutieuse des sciences religieuses.

C’est ainsi qu’Allah m’a ouvert les portes d’un long séjour en Égypte au cours duquel cette question n’a pas cessé de me harceler. Les années passaient, je cumulais progressivement les connaissances dans divers domaines, j’interrogeais les oulémas, multipliait les lectures et les recherches, mais je n’obtenais pas de réponse à la hauteur de mes espérances, c’est-à-dire à la fois concise et pertinente, ce à quoi la rhétorique coranique et l’éloquence prophétique nous ont toujours habitués. Jusqu’au jour où, à force de persévérance, Allah finit par m’éclairer sur le sujet.

L’assiduité et la vigilance

« Les oulémas sont les héritiers des prophètes. Or les prophètes n’ont jamais légué ni dinar ni dirham, mais ils ont légué le savoir », fait remarquer le hadith (Abou Daoud).

C’est donc tout naturellement au détour de la lecture d’un petit recueil de prêche d’un grand érudit que je découvrais avec stupeur la simplicité par laquelle deux hadiths pouvaient solutionner cette question lancinante.

« Ne méprise aucune vertu ne serait-ce que rencontrer ton frère avec un visage affable » dit le premier (Mouslim). « Méfiez-vous des péchés que vous méprisez, car le jour où vous aurez à rendre des comptes, les péchés que vous méprisez causeront votre perte ! » met en garde le second.

Le problème de l’itinérant déterminé à observer la droiture, c’est l’absence de méthode ; dans certains cas, il est tellement conditionné à river le regard à l’horizon qu’il en oubli d’éviter scrupuleusement le moindre cailloux qui une fois dans la chaussure peut lui causer d’atroces souffrances et gravement ralentir sa progression. Dans d’autres cas, il est scrupuleux mais peu assidu dans la récolte des provisions qui assureront son salut du fait de son optimisme excessif. Ce dernier sait éviter les obstacles mais il méconnaît les moyens d’accélérer sa progression.

spiritualité

La force du cheikh était donc d’articuler ces deux hadiths et d’ainsi en déduire deux principes qui – s’ils sont observés – font figure de moteurs pour quiconque cherche à s’investir profondément dans la réforme spirituelle : l’assiduité et la vigilance. En substance, l’assiduité désigne l’inlassable persévérance à faire le bien au point de l’élever au rang de propension naturelle. La vigilance désigne quant à elle le fait d’appliquer le même zèle acharné mais pour éviter les péchés aussi véniels soient-ils. Combinés l’un à l’autre, on ressent immédiatement les effets de cet équilibre. Présentée ainsi, l’affaire parfait fort évidente, mais dans les faits, l’exercice est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.

Le combat spirituel

Malgré l’efficacité indéniable de ces deux principes, on finit tout de même par s’essouffler, il m’a donc fallu attendre de découvrir l’exégèse d’un verset du Coran, pour optimiser ma discipline et mon endurance. Un célèbre érudit a dit que deux choses expliquent que l’on s’écarte de la droiture : le manque de sincérité ou de combativité, en vertu du verset :

« Ceux qui combattent pour Notre Cause, Nous les guiderons assurément sur Nos sentiers, car Allah est avec les dévôts (Muhsinin). » (Coran, 29 : 69)

Ce verset a été révélé à la Mecque, il n’est donc pas ici question de combat dans le sens littéral mais spirituel du terme, comme l’ont affirmé les exégètes.

Ainsi, la première condition sinequanone à la droiture spirituelle c’est d’être résolu à déployer de nombreux efforts à toutes étapes de son cheminement, à l’instar des premiers adeptes de l’islam, qui malgré les persécutions dont ils étaient l’objet, passaient une grande partie de la nuit en prière. La deuxième condition c’est de le faire « pour Sa Cause » et donc d’être sincère, viser la satisfaction d’Allah et non l’éloge de Ses créatures, sachant que la quête de la renommée et l’ostentation relèvent du polythéisme subtil lequel est qualifié de plus discret que le mouvement de la fourmi noire dans la pénombre.

Si l’on remplit ces deux conditions, on obtient alors la garantie qu’Allah guidera nos pas, ce qui répond probablement à la question : pourquoi dévions-nous si souvent du droit chemin alors que nous l’implorons quotidiennement dans nos prières obligatoires et surérogatoires en récitant : « Guide-nous dans la Voie droite » (Coran, 1 : 6) ? La réponse se trouve tout simplement dans les lignes qui précèdent : le manque d’assiduité, de vigilance, de combativité ou de sincérité qui sont autant de qualités essentielles et complémentaires pour être habilité à cheminer continuellement dans le droit chemin.

Savoir tenir sa langue

spiritualité

La dernière découverte intéressante qu’il m’a été donné de faire dans le livre susmentionné, c’est que tout ce qui vient d’être évoqué n’est réalisable qu’à la condition de savoir tenir sa langue ! Quel rapport me direz-vous ? Et bien le rapport nous est établit par plusieurs hadiths qui font à la fois mention de la droiture et de la nécessité de tenir sa langue. L’enseignement à retenir c’est que la langue est le principal membre chargé d’alimenter le cœur en nutriment spirituel que le corps viendra solliciter dès qu’il aura le devoir d’accomplir telle ou telle œuvre. Si ce dernier trouve le cœur vide, exempt de nutriment, il sera figé par la fainéantise.

Par exemple, admettons que vous ayez du mal à faire la prière à l’heure – en l’absence d’empêchement sérieux – et que vous ressentiez l’envie et le besoin de remédier à cela sans savoir par où commencer. Posez-vous la question de savoir de quoi vous nourrissez votre cœur entre deux horaires de prière ? Autrement dit : qu’est-ce que vous regardez, écoutez et surtout quels sont les mots que vous prononcez ? Si l’essentiel de vos paroles sont consacrées à mentionner Allah, à dire du bien ou garder le silence, à réciter le livre d’Allah, à promouvoir la vertu et à prévenir le vice, alors il y a de forte chances que vous guérissiez rapidement de cette apathie dévastatrice.

Votre cœur est extrêmement sensible et réceptif, il est nécessaire de l’entretenir et de le purifier régulièrement. Les organes sont autant d’émetteurs et de récepteurs reliés au cœur chargés de communiquer avec le monde extérieur mais également d’apporter de la nourriture à leur supérieur. Tout comme il ne vous viendrait pas à l’esprit de consommer une nourriture toxique ou illicite, il est très hasardeux de se risquer à ne pas maîtriser ce que vos organes déposent dans votre cœur et en particulier votre langue. C’est notamment l’une des raisons pour laquelle la récitation du Coran est tellement encouragée, à l’inverse de la lecture silencieuse, elle active à la fois les yeux, les oreilles et la langue pour alimenter plus intensément votre cœur du meilleur des discours.

Épilogue

En résumé, le savoir religieux est indispensable pour le cheminement spirituel. Le Coran et la tradition prophétique recèlent de conseils pratiques pour qui sait les interpréter. L’assiduité, la vigilance, la combativité, la sincérité et la maîtrise de votre langue représentent à mon sens les cinq qualités fondamentales pour qui cherche sincèrement à se réformer. Le problème que rencontrent beaucoup d’aspirants à la droiture est de se focaliser sur une partie de ces qualités et d’en négliger d’autres, or il est indispensable de toutes les conjuguer pour arriver à destination… au prix de nombreux efforts… en marchant sur les traces de notre très cher Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut.

Pour lire les autres articles d’Abdullah Jalil :

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1 Comment

  1. Omeya

    Salam Alaykoum,

    BarakAllah oufik pour cet article très interessant !

    Réponse

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