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Que dit l’Islam sur le don d’organes ?

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don d'organe

C’est le sujet du moment qui agite nombre de Français et en particulier les religieux et a fortiori les musulmans, depuis le 1er janvier toute personne décédée est considérée comme étant donneur d’organe par défaut. Si la famille s’y oppose, les proches devront alors en attester par écrit auprès de l’équipe médicale au moment du décès. S’il est possible de faire valoir son refus par écrit et de  confier ce document à un proche pour qu’il puisse en être le garant au moment du décès, le meilleur moyen de faire valoir son opposition reste l’inscription sur le registre national des refus par courrier, ou – à partir du 23 janvier – en ligne sur le site : registrenationaldesrefus.fr. Mais que dit l’Islam sur le don d’organes ? Article écrit par l’imam Abdullah Jalil

Le don d’organes : un sujet plus que d’actualité

Vous en avez sans doute entendu parler. Les réseaux sociaux, les alertes de messageries, les journaux d’informations regorgent de titres sur la question. Chez les musulmans, la bataille des fatwas a commencé, avec son lot d’avis tranchés et sans concession auxquels beaucoup nous ont malheureusement trop habitué. Il est vrai que la tentation d’invoquer le principe de précaution est grande, mais le fait de s’imaginer qu’un de ses proches en danger de mort pourrait être sauvé par une opération maîtrisée par la médecine moderne démontre l’envergure du dilemme.

L’objet de l’article n’est pas de se positionner sur la question en statuant sur une question aussi épineuse, mais plutôt de contribuer à donner une vision le plus large possible de la question en mentionnant brièvement la position des uns et des autres.

Les différents avis sur le don d’organes

Tout d’abord il faut garder à l’esprit que la question de la licéité du don d’organe est une question nouvelle (nâzilah) qui n’est apparue qu’avec le progrès de la médecine moderne, il est donc inutile de rechercher un hadith ou un verset du Coran explicite sur le sujet. Le deuxième point essentiel est de comprendre que la question fait l’objet d’une sérieuse divergence entre les oulémas, il n’est donc pas possible d’utiliser les avis des oulémas des deux camps comme des arguments d’autorité étant donné que seul le consensus des oulémas est réputé infaillible (ma’sûm) et qu’en l’absence de consensus une des deux parties à forcément tort et l’autre raison.

Ceci étant dit, nous sommes à une époque où nous avons l’obligation de prendre une décision concernant la façon dont nous souhaitons être traité après notre décès. Pour se faire il est très important de savoir que nos éminents oulémas, qu’Allah les récompense, se sont sincèrement penchés sur la question, ont consulté les spécialistes de la médecine, passé au crible les textes religieux et les traités de jurisprudence avant d’émettre des avis.

J’insiste sur le fait que compte tenu de la gravité de la question, qui concerne la vie ou la mort de dizaines de milliers de personnes, seul un mufti à la compétence avérée voir un concile de oulémas est habilité à émettre un avis pertinent (mu’tabar) sur le sujet, nous nous contenterons donc que de résumer l’avis des autorités en la matière, sans s’aventurer à dire si l’un est plus probant que l’autre, ou la majorité se situe de tel ou tel autre côté de la barrière.

L’avis qui l’autorise

L’académie de jurisprudence islamique dont le siège se situe à Djeddah en Arabie Saoudite considère qu’il est autorisé de faire don de ses organes après la mort mais émet toutefois des conditions : que le bénéficiaire en ait un besoin vital, que le donateur ou ses héritiers l’autorisent et que cela ne fasse pas l’objet d’un commerce. D’autres autorités religieuses, à titre individuel ou collectif vont dans le même sens en arguant du fait que les intérêts des vivants passent avant ceux des morts, que cela va dans le sens de l’intérêt général, que c’est en conformité avec les finalités de l’islam et que c’est un moindre mal.

L’avis qui l’interdit

À l’inverse une recherche très intéressante publiée sur le site habous du Maroc, reflète de manière détaillée l’avis contraire, c’est notamment l’avis des plus hautes instances religieuses d’autres pays musulmans ainsi que des fatwas de oulémas très influents.

L’auteur met en avant un problème très important : la notion de mort diffère selon que l’on se place du point de vue médical ou religieux. En effet, la médecine moderne considère la mort cérébrale comme le critère médico-légal du décès, elle est définie comme l’état d’absence totale et définitive d’activité cérébrale chez un patient, la preuve devant être faite que cet état est irréversible. D’un point de vue religieux c’est l’arrêt total du fonctionnement de l’activité du corps humain qui est à prendre en compte, notamment de la respiration, des battements du cœur, le relâchement musculaire et ainsi de suite.

Or, la transplantation d’organe n’est possible que si elle se fait précisément entre le moment où l’activité du cerveau est interrompue de manière irréversible et l’arrêt de toutes les fonctions organiques du corps humain. Autrement dit lorsque le patient est encore considéré comme vivant d’un point de vue religieux. Ce qui n’est pas sans poser problème vous l’aurez compris.

Un autre argument souligne le caractère sacré du corps humain, qu’il soit vivant ou mort. Cette sacralité repose tant sur des versets du Coran,

« Nous avons honoré les fils d’Adam » (Coran, 17 : 70)

que sur des hadiths :

« Briser les os d’un mort est aussi grave que de briser ceux d’un être vivant » (Ahmad).

Cette sacralité est telle qu’il est obligatoire d’inhumer son cadavre intégralement, même s’il a été amputé d’un membre.

Les partisans de ce dernier avis insistent également sur le fait que l’être humain n’est pas le propriétaire de son corps puisqu’il n’en est pas le créateur. Il en est plutôt le dépositaire, il a charge de l’entretenir en vertu du verset :  

« Ne vous exposez pas, de votre propre initiative, à la perdition » (Coran, 2 : 195)

et il sera interrogé à cet effet.

En résumé, d’un côté certains oulémas mettent en avant la nécessité de préserver la vie humaine chaque fois que c’est possible. De l’autre, c’est la sacralité de l’humain, laquelle ne s’interrompt pas avec son décès, qui est mise en avant. Dans les deux cas il y a une réelle raison d’être fière de sa religion, de ses oulémas qui ne passent pas à coté de questions relevant de la science et du monde moderne en général, sans tenter de nous éclairer en utilisant à la fois l’héritage de la prophétie et les outils de notre époque.

Alors qui a tort et qui a raison ? Encore une fois là n’est pas le sujet. Personnellement chaque fois que l’on me posait cette question – avant l’existence de cette loi – je demandais à l’interrogateur si cette question le concernait de près ou de loin et si c’était le cas je lui faisait remarquer la gravité du sujet et la légèreté de son enquête. Il est des questions qui méritent bien plus qu’un modeste imam d’une mosquée de quartier et qui doivent être renvoyées aux plus hautes autorités religieuses que l’on puisse contacter, chose rendue plus facile avec les moyens de communication modernes.

Trois enseignements issus de cette question

Bien que je n’ai pas de réponse tranchée sur le sujet, j’en retire trois enseignements intéressants.

Le premier est que les oulémas de l’islam m’étonneront toujours par la facilité avec laquelle ils jonglent entre les sciences empiriques et les sciences religieuses. Dans les deux avis, les oulémas expliquent longuement avoir passé en revue les détails médicaux et les différents cas de figure en matière de transplantation d’organes, ce qui prouve leur rigueur scientifique, leur ouverture d’esprit et la viabilité de l’islam en tant que mode de vie en tout lieu et à toute époque.

Le second enseignement est que les deux avis sont basés sur la miséricorde : l’un envers les vivants, l’autre envers les morts. Certains seraient tentés de taxer l’avis interdisant de telles opérations d’obscurantisme, mais c’est vite oublier qu’ils traitent la question en prenant en considération un aspect que la médecine s’interdit d’étudier, à savoir : la vie après la mort. Tout comme on pourrait se hâter de considérer ceux qui l’autorisent sont laxistes, sans prendre le temps de réfléchir sur toutes ses vies qui pourraient être sauvées par la noblesse du savoir médical :

« Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! » (Coran, 5 : 32).

Le troisième enseignement que je retire est le profond respect et la grande tolérance des oulémas envers leurs semblables, c’est d’ailleurs la marque de l’érudition. Dans tous les avis que j’ai pu consulter, je n’ai jamais ressenti la moindre forme de condescendance envers ceux qui ne pensaient pas comme eux, à l’inverse des polémistes dont les langues sont aussi tranchantes que le rasoir et qui n’hésitent pas à rabaisser et humilier tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux en les accusant forcément d’ignorance, chose dont ils se sentent exempts, c’est d’ailleurs la marque de l’ignorance profonde.

La question est également une occasion pour ne pas passer à coté de l’essentiel, au même titre que cet homme qui est venu interroger le Prophète en lui demandant :

« Quand viendra le jour dernier ?

– Qu’as-tu préparé à cet effet, répondit-il ?

– Pas grand chose, si ce n’est que j’aime Allah et son Messager, reprit l’homme.

– L’homme sera avec ceux qu’il aime, conclut-il. »

L’essentiel n’est pas tant de savoir quand, ni où, ni pourquoi mais dans quel état spirituel nous allons mourir !

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3 Commentaires

  1. Salam,
    Il faut savoir aussi que dans “don d’organe” il y a plusieurs dons, il n y a pas que la cornée , le coeur, les poumons ou les reins, etc. Il y a aussi l’utérus, les ovaires et les testicules !

    Donc il faut aussi dire que la divergence religieuse bien qu’elle puisse exister sur le principe , elle s’estompe rapidement sur le sujet des organes sexuels/gonades car il est unanime que tout ce qui peut interférer avec la filiation (ennassab) ne se donne pas car la filiation est sacrée. Mais le reste du moment que le don ne porte pas préjudice au donneur est permis sauf avis contraire w’Allahou a3lam!

    L’idée est d’attirer l’attention des donneurs musulmans qui decident d’opter pour la licéité du don, en vue de pouvoir sauver des vies, sur le fait de bien préciser qu’ils ne sont pas pour le don des liquides, cellules ou organes nécessaires à la reproduction.

    Après chacun est libre de décider selon ses propres convictions.

  2. En réponse à didi il n’existe pas en france de don d’organe telle que l’uterus les testicule ou les ovaires.. les seuls organes et tissus utilisés pour des greffes à d’autres personnes sont: la cornée la peau, les poumons, le foie, le coeur, le pancréas, les reins, les intestins, les valves, les veines, les arteres, les tendons, les ligaments et les os.. il n’est pas questions de don d’utérus ou testicules..

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