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Sylvie EBERENA, « je suis une boulimique des projets »

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crédit photo : study photographie

Interview

Sylvie Eberena : « Je suis une boulimique des projets »

Peux-tu te présenter ?

J’ai 34 ans, je suis séparée et je vis avec mes quatre enfants, âgés de 4 à 10 ans. Ils sont instruits en famille car nous pratiquons l’école à la maison. Si l’on me connaît mieux pour mes activités en ligne, l’éducation et l’instruction de mes enfants reste pour moi une priorité et le pilier autour duquel mes autres activités gravitent.

C’est un quotidien assez sportif, et cela tombe bien puisque mon activité professionnelle tourne autour des thèmes de l’activité physique, de l’alimentation saine et de la santé de façon plus générale. Je suis fondatrice du site My Home Bootcamp, un blog gratuit fournissant des informations relatives au fitness, à l’alimentation saine et à l’alimentation sportive. J’ai plus récemment lancé le blog PaléOh ! C’est un blog spécialisé dans l’alimentation dite « paléo ». J’anime aussi la page Facebook Fit Sister dont le but est d’aider la communauté musulmane et particulièrement les femmes à améliorer leur hygiène de vie et à se mettre à la pratique d’une activité sportive.

D’un point de vue purement entrepreneurial, je commercialise des programmes de remise en forme en ligne et en format papier, et j’organise des journées de coaching à domicile comprenant des informations théoriques et de la mise en pratique en cuisine. Je suis également auteure et mon prochain livre de recettes, « Simple comme paléo », paraîtra au mois de septembre.

Comment fais-tu pour être aussi organisée ? As-tu toujours été ainsi ou est-ce venu avec le temps ?

Pour être honnête, je suis loin d’avoir toujours été ce que je considère comme organisée. D’ailleurs, quand on me demande comment je fais pour gérer autant d’activités, je réponds souvent avec le sourire, mais non moins sérieusement : « Un petit burn out de temps à autres ! »

Je suis ce que l’on pourrait appeler une boulimique des projets. J’ai beaucoup de centres intérêts très variés et pas mal de créativité. Ce qui ressemble à des qualités a toujours été pour moi un inconvénient, car j’ai tendance à vouloir mettre en œuvre une idée dès que je l’ai en tête. Peu importe le degré de priorité, le temps et l’énergie que cela peut coûter. Si je pense qu’un projet est intéressant, et à plus forte raison, s’il peut être utile aux autres, il est très difficile de me dissuader d’aller plus loin.

Mais si j’ai toujours pu faire en sorte de pouvoir tout boucler, cela ne se faisait pas sans conséquences négatives, notamment une accumulation de fatigue (car forcément les nuits sont souvent courtes, voire blanches !), et surtout un stress croissant au quotidien, et ce fameux burn out.

Il m’a fallu beaucoup de temps, de réflexion et d’efforts sur moi pour accepter d’être plus égoïste et de me recentrer, pour mon bien-être et celui de mes enfants. Cela se fait progressivement, encore aujourd’hui. J’ai délaissé mon activité de professeur d’arabe, j’ai fermé la plupart des services en ligne que je proposais, j’ai réduit le nombre de challenges gratuits organisés et j’ai recentré mon activité principalement autour de mon activité offline, notamment avec les coaching à domicile mais également avec une formation en projet pour pouvoir faire de l’animation sportive.

Outre cette redéfinition des priorités, il faut effectivement un minimum d’organisation pour allier vie professionnelle et quotidien de maman – maîtresse. Je mise sur la planification mais je laisse tout de même pas mal de flexibilité au quotidien. En début d’année j’élabore une progression annuelle pour les apprentissages de mes enfants, je sais ainsi chaque semaine ce que nous devons étudier, sans forcément nous y coller à la lettre. Cela nous permet simplement d’avoir une idée générale de notre avancement.

Au quotidien, nous travaillons généralement en matinée et en début d’après-midi. Je commence avec les plus grands, afin de leur expliquer les leçons puis je les laisse travailler de façon autonome pour pouvoir m’occuper des plus petits tout en gardant un œil sur les aînés.

Si je le peux, je travaille en parallèle en pointillés tout au long de la journée mais je ne me consacre complètement à mon travail qu’en fin de soirée en m’imposant deux contraintes : avoir passé assez de temps de loisir avec mes enfants (promenade, jeux, reportage, etc.), et arrêter de travailler s’il est trop tard, et ce quel que soit le degré d’avancement de la tâche à effectuer.

Nous travaillons quatre jours par semaine, deux journées sont consacrées aux activités sportives de mes enfants et une demi-journée est consacrée aux courses de la semaine. J’établis un menu hebdomadaire et dresse la liste de courses en fonction pour faire les courses en une seule fois et éviter les allers-retours fréquents.

Ce sont de petits ajustements en continu qui permettent d’améliorer le quotidien. La véritable organisation c’est de pouvoir gérer les priorités, et de faire tout ce qu’il faut tout en préservant sa santé physique et morale.

Comment gères-tu ton budget familial ? Tiens-tu des comptes ?

En fermant la majorité de mes activités en ligne et en privilégiant mon activité offline, je savais que c’était un sacrifice et que j’allais avoir une période de flottement au niveau financier. La question du budget est donc d’autant plus d’actualité.

Je dirai que cette question est loin d’être uniquement technique. Elle est également très liée au spirituel car elle découle de notre relation aux biens matériels et à la confiance que l’on place en la subsistance qu’Allah a décidée pour nous.

Je ne suis pas de nature dépensière, par contre je n’hésite pas à mettre le prix lorsque cela est bénéfique et que cela implique notamment l’instruction et la santé.

En début d’année, j’alloue une grande partie de mon budget à l’achat des nouveaux manuels scolaires et aux activités sportives, mes enfants pratiquant tous un à deux sports. Ceci est une priorité pour moi tant l’incidence est bénéfique à de nombreux égards.

En ce qui concerne les vêtements et la nourriture, je fais en sorte de privilégier la qualité et non pas la quantité, et cela nous ramène au côté spirituel et à l’importance de ne pas amasser les biens. Cela fait plusieurs années que je suis sensibilisée au désencombrement qui consiste à vider son intérieur et se contenter de ce qui est réellement utile, mais ces derniers mois je le mets en pratique de façon plus importante. À une époque où l’on peut être tenté d’acheter beaucoup (soldes, brocantes, enchères en ligne, magasins discount, etc.), il est vraiment important de prendre du recul sur notre façon de consommer. Pour notre porte-monnaie bien sûr, mais avant tout pour notre cœur et notre foi.

À chaque période de soldes, j’effectue un tri de vêtements et chaussures, je récupère pour les petits les habits des plus grands mis de côté puis je dresse une liste de ce qu’il faut racheter. J’essaye de m’y tenir même si rien n’empêche d’avoir quelques coups de cœur, mais je tiens à limiter le nombre de vêtements dans les placards. Il s’agit d’avoir de quoi se vêtir, de pouvoir avoir du change sans devoir dépendre chaque jour de la machine à laver, et dans le même temps de ne pas avoir des armoires qui débordent. On y gagne sur tous les points : budget, contentement du peu et on évite également les tensions, car qui dit moins de vêtements dit moins de désordre ! Par contre, sans acheter de marques tape-à-l’œil, je choisis tout de même des vêtements de qualité, confortables et durables. Le reste de l’année, je ne fais pas les magasins de vêtements si je n’ai rien de précis et nécessaire à acheter.

Je fonctionne de la même façon pour les jeux et les livres.

En ce qui concerne la nourriture, je ne cesse de constater les bienfaits du retour à une alimentation plus saine et simple. Les aliments les plus nocifs et les plus transformés sont aussi ceux qui coûtent le plus cher, notamment parce que l’on paye plus d’emballage ou juste une marque. J’achète principalement des aliments bruts (légumes, fruits, noix, viande) et peu d’aliments transformés. Si je veux faire plaisir avec des gâteaux ou autres, je les fais maison le plus souvent. Cela me permet d’acheter en majorité des aliments bio sans pour autant gonfler mon budget ou devoir nous priver. Je compare les prix, je vais d’un magasin à l’autre (grande surface, magasins bio, marché, discount alimentaire), et je compte également privilégier la cueillette et l’achat direct chez le producteur. Je fais mes courses une fois par semaine, après avoir établi mon menu pour éviter le gaspillage alimentaire. Cela incite également mes enfants à consommer de façon raisonnable car ils sont prévenus : quand c’est fini, c’est fini ! Il faut attendre les prochaines courses.

Cela me permet, bien que mon activité n’engrange pas encore de revenus importants, d’avoir encore de la place pour quelques sorties, visites culturelles, parcs de loisirs, etc. de temps à autres, mais aussi de faire des cadeaux de façon raisonnable en gardant toujours en tête l’importance d’une vie simple.

Je ne tiens pas de comptes au centime près et je ne consulte pas quotidiennement mon compte en banque. Je sais généralement où j’en suis et ce que je peux me permettre. Je vérifie bien entendu de temps à autres, notamment lorsque je veux faire une dépense inhabituelle, mais je n’ai pas d’inquiétude quant à ma subsistance. J’ai toujours en tête le récit de notre noble mère Aicha (qu’Allah soit satisfait d’elle) après la mort du Prophète (paix et bénédictions sur lui) :

« Lorsque l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) mourut, il ne restait plus rien à manger, si ce n’est une demi-mesure d’orge qui était placée sur une étagère et j’en ai mangé bien longtemps. Mais une fois que j’ai mesuré ce qui restait d’orge, il n’en est resta plus rien ».

Gérer et faire les causes, oui, mais sans oublier que la barakah vient d’Allah.

Donnes-tu de l’argent de poche à tes enfants ?

Je ne donne pas d’argent de poche à mes enfants pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’ils sont jeunes et n’en ont pas encore vraiment d’utilité, d’autre part parce que je souhaite qu’ils comprennent que tout salaire se mérite.

Ils peuvent recevoir de l’argent pour des occasions comme l’Aïd. Cela leur permet d’apprendre à gérer un budget et à dépenser intelligemment. On peut également leur apprendre la générosité en leur proposant de faire des petits cadeaux aux autres ou de donner quelques pièces en aumône, chose qu’ils font avec beaucoup de facilité à leur âge.

Il m’arrive également de leur glisser une petite pièce lorsqu’ils ont eu un bon comportement, s’ils ont bien travaillé ou essayé de jeûner, mais pas de façon systématique non plus car il est important qu’ils fassent avant tout ces actes de façon désintéressée.

Cet article est tiré de ce numéro

Quel(s) conseil(s) souhaites-tu donner à nos lecteurs ? 

Finalement, s’il ne faut retenir qu’une chose, c’est le retour à de plus de simplicité. Que ce soit dans l’habillement, l’alimentation, les dépenses et même les projets, aussi louables soient-ils, il est facile de se disperser, de remplir son cœur d’amour pour les choses matérielles et de perdre de vue l’essentiel.

Cela demande parfois de remettre en question tout une façon de vivre et d’opérer des virages à 180 degrés, mais cela vaut la peine, avec l’aide de Dieu. Œuvrer et avoir confiance en notre subsistance, en nous rappelant que deux choses ont beaucoup de valeur mais sont sous-estimées à nos yeux : le temps libre et la santé.

5 Commentaires

  1. Assalamu aleykoum wa rahmatuLlah

    MashaAllah.
    Que Le Très vous préserve vous facilite et vous permettre de goûter avec vos enfants aux délices de Son Vaste Paradis.

    BarakAllahufiki pour ce témoignage. Allahu akbar j’ai pris une claaaque mashaAllah :

    « Lorsque l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) mourut, il ne restait plus rien à manger, si ce n’est une demi-mesure d’orge qui était placée sur une étagère et j’en ai mangé bien longtemps. Mais une fois que j’ai mesuré ce qui restait d’orge, il n’en est resta plus rien ».

    Qu’Allah nous aide à nous réformer! QuIl vous accorde le meilleur des deux mondes ma soeur !

    BarakAllahufiki !

  2. salam aleykoum wa rahmatoullahi wa barakAtouh
    MashAllah quel beau témoignage ! Qu Allah te préserve et te facilite !
    Ca fait tellement plaisir de lire cela! Alhamdoulilah je te souhaite plein de bonnes choses
    <3

  3. Assalamou’alaykoum
    super interview machallah, je ne connaissais pas Sylvie, une personnalité positive et motivante, je vais regarder ce qu’elle fait inchaALLAH. Qu’ALLAH lui facilite tous ses projets et ceux à venir inchaALLAH.

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